Paris 8 en actes

Avec Arnaud Laimé

Introduction

Paris 8 en actes est avant tout une démarche collective, une volonté de rassemblement pour agir concrètement au service de toutes les composantes de notre université. Avec plusieurs dizaines de collègues, de disciplines et de composantes représentatives de la diversité de notre établissement, nous nous sommes investis ces derniers mois pour lui donner corps et consistance. Prenant appui sur nos parcours et nos expériences divers, nous nous engageons autour d’une ambition commune : porter haut une vision inclusive de l’excellence universitaire.

Depuis septembre, nous avons mené une réflexion approfondie sur la situation de notre université dans l’écosystème francilien de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR), sur les besoins particuliers de notre territoire, sur nos capacités d’attractivité, mais aussi sur nos faiblesses, et, plus globalement, sur les enjeux et les défis qui sont les nôtres pour les années à venir.

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Notre Vision

La reconfiguration de l’ESR arrive à la fin d’un cycle : la constitution de grands groupes fusionnés, voulue par les gouvernements successifs, est effective. La politique d’allocations de moyens à coups d’Idex, ISITE et PIA, qui avait pour but entre autres de créer des pôles dits d’excellence de recherche, arrive à sa fin.

En apparence, les effets semblent positifs, en particulier pour ces grands regroupements qui obtiennent plus de moyens et une visibilité accrue. Dans les faits, les effets sont délétères pour la plupart des universités. En particulier, pour Paris 8, nous subissons une baisse de la dotation, une pression accrue sur nos métiers qui se transforment rapidement, le sentiment de déclassement, la crainte de voir la dimension recherche passer au second plan et, finalement, l’impression de souvent être résumés aux difficultés d’un territoire qui regorge, – nous, nous le savons – de compétences qui ne demandent qu’à se développer dans l’intérêt du pays tout entier.

De plus, cette course à l’excellence supposée montre déjà ses limites. Même les mastodontes financièrement survitaminés sont à la peine : malgré les millions des PIA, leur dotation récurrente n’est pas à la hauteur de leurs besoins ; malgré des conditions financières avantageuses, la restructuration administrative entraîne de réelles lourdeurs et a généré une forte souffrance au travail et nombre de personnels les quittent ; enfin, l’hétérogénéité foncière qui les habite en raison des cultures d’établissements qui ne peuvent disparaître les fragilise faute de projet réellement commun.

Au milieu de ce remue-ménage, notre université a fait des choix tout autres : rester à taille humaine, autonome et singulière, de plein exercice en formation et en recherche, au sein d’une ComUE non fusionnelle qui a permis de conforter des atouts, comme par exemple sur la création, la formation et l’apprentissage. Et surtout, notre établissement a su, malgré l’absence de moyens octroyés, continuer à développer une politique forte d’accueil de tous les publics étudiants et une recherche d’excellence qui lui donnent sa richesse et sa spécificité. C’est cette Université des créations, chaque jour renouvelée pour toutes et tous, que nous revendiquons, puisque c’est le dénominateur commun que nous affichons dorénavant.

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Et demain, alors ? Malgré les efforts répétés de ces dernières années pour faire comprendre et accepter ce que nous sommes et ce que nous offrons depuis des dizaines d’années à l’ensemble de la société, les autorités, depuis le centre de Paris, restent arcboutées sur leur modèle friable d’excellence par et pour quelques-uns. Elles pensent par défaut l’avenir de Paris 8 : une université uniquement de sciences humaines et sociales en ignorant le vaste spectre disciplinaire qui nous caractérise, une université de banlieue qui devrait se contenter de colmater sans autre ambition les problématiques sociales les plus difficiles, une université dans laquelle les savoirs critiques devraient en rabattre.

Pourtant, jamais le rôle d’une université comme la nôtre n’a été plus important et plus nécessaire.

Face à la montée de l’extrême droite et du populisme, face au clivage social assumé par nombre de nos gouvernants, face au désengagement démocratique, à la hausse de la précarité, au dérèglement climatique et à ses conséquences, face aux conflits mondiaux et à leurs impacts sur des millions de personnes, face aux replis sur soi comme moteur social, nous, à Paris 8, nous faisons face. Forte de nos savoirs critiques et de notre ancrage dans les territoires nationaux et internationaux, Paris 8 pense, agit et propose des analyses, des idées, des solutions concrètes aux grands enjeux contemporains pour faire communauté solidairement.

En cela, nous sommes exemplaires d’une conception de l’enseignement supérieur et de la recherche que nous revendiquons pour nous-mêmes et au service de la société toute entière.

Nos Axes de Travail

Partant de cette vision, notre collectif s’est organisé en cinq groupes de travail thématiques qui ont partagé leurs idées et aspirations pour écrire une nouvelle page de l’histoire de Paris 8 pour aujourd’hui et pour demain. Plusieurs axes de travail et leviers d’action ont été collectivement dégagés. Nous en présentons ici l’architecture générale.

  • Axe 1 : Agir pour améliorer nos conditions de travail
    Face aux mutations rapides et profondes de notre environnement professionnel, l’amélioration de nos conditions de travail conditionne la réalisation de nos ambitions et de notre engagement. Elle repose sur trois piliers : le dialogue social, l’amélioration des conditions immédiates de travail, une politique de ressources humaines.

    Les organisations syndicales jouent un rôle important dans le signalement et l’analyse des conditions de travail. Il est important de les associer, comme c’est le cas dans le travail sur les risques psychosociaux entamé avec l’ARACT. A l’issue des résultats de l’enquête, un plan de remédiation sera élaboré en collaboration avec elles dans les meilleurs délais en 2025.

    L’environnement de travail est également déterminant : nous investirons la Commission locaux d’un nouveau rôle ayant trait à l’entretien des locaux et au suivi quotidien des besoins d’intervention (réparation, petit entretien, équipement matériel, wifi), avec un pilotage trimestriel opéré par la commission locaux.

    La répartition de la charge de travail au fil de l’année est également à améliorer : la planification institutionnelle et administrative, ainsi que sa communication auprès des composantes, devra permettre de mieux anticiper les demandes des services centraux.

    Plus largement, il faut déployer une politique de ressources humaines qui offre à chacune et chacun des opportunités d’évolution, de requalification à moyen terme, et permette de valoriser ses compétences pour construire une trajectoire professionnelle épanouissante et pleine de sens. Cela passe par une politique de formation renforcée, mais aussi par une réouverture du dossier indemnitaire, deux facteurs qui assureront de renouveler l’attractivité de notre université.

  • Axe 2 : Conjuguer Formation et Recherche
    La conjugaison Formation-Recherche est la garante pour Paris 8 de demeurer université de plein exercice, sans être reléguée à un collège universitaire. Cette conjugaison fonde également l’excellence inclusive qui contribue à la promotion sociale de tous nos publics, en formation initiale ou continue. C’est pourquoi nous envisageons de mettre en place de nouveaux dispositifs favorisant la concomitance étroite de la formation générale et professionnelle et de la recherche à tous les niveaux (de la licence vers le Master et du Master vers le Doctorat) afin de garantir une progression cohérente, faisant émerger la cohésion de l’université dans l’ensemble de ses missions.

    Notre expérience est déjà forte en la matière et nous pouvons nous inspirer de plusieurs modèles (Labex Arts H2H, IDEFI Créatic, EUR ArTeC). Un besoin tout particulier se fait sentir au niveau du master en articulation avec le doctorat. Ainsi, il s’agira d’amplifier la formation par la recherche et favoriser l’interdisciplinarité, en développant par exemple des diplômes d’université de 6e année pour renforcer l’accompagnement post-master vers la professionnalisation et vers la recherche doctorale, ou encore en créant des espaces interdisciplinaires de formation à la recherche sur des thématiques émergentes à destination des doctorants et étudiants de Master. Cela contribuera à renforcer la formation doctorale et permettra d’accompagner la création de « laboratoires juniors » favorisant la professionnalisation et l’autonomisation des doctorants par le développement de réseaux nationaux et internationaux de recherche.

    Cette articulation intensifiée saura également renforcer l’inclusion des PAST/MAST et des personnels enseignants (PRAG/PRCE) en démarche de recherche dans les projets scientifiques et dans l’innovation pédagogique. Elle pourrait s’appuyer sur un espace interservices pour faciliter la collaboration entre la direction de la formation et celle de la recherche.

  • Axe 3 : Améliorer les conditions d’études, de vie et de réussites étudiantes
    Les multiples missions de la formation dépassent le modèle qui aborde isolément la vie de campus et l’offre d’enseignement. Il s’agit de considérer aussi bien l’étudiant que le citoyen – et le citoyen du monde – dans une perspective de formation holistique.

    Nous voulons que l’accueil et l’intégration des étudiants, notamment les néo-bacheliers et nouveaux arrivants dans notre université, soient actifs dès le début des cours au premier semestre. Pour cela, nous impulserons l’organisation, au sein des composantes de mini-conférences, animées par des enseignants-chercheurs, ayant une connaissance profonde de l’histoire de Paris 8 et de ses évolutions récentes. Une des thématiques proposées sera la participation citoyenne et la cohésion estudiantine. Ce dispositif permettra aux étudiants de tisser des liens avec la communauté et d’identifier des interlocuteurs les aidant à mieux cerner les attendus de la formation choisie.

    Nous considérons que la formation relève aussi d’une expérience polyvalente, qui comporte des défis et doit répondre aux besoins et des attentes des étudiants, au sein d’une communauté ancrée dans son territoire. Soutenir les étudiants invite à développer avec leurs enseignants une culture d’apprentissage d’excellence. Cette dynamique s’appuie sur l’innovation pédagogique en tant que levier, s’attachant à apporter des réponses aux grands défis et mutations de notre société tout en accompagnant les étudiants sur la voie de la professionnalisation et/ou de la recherche. L’enseignement par l’articulation de la théorie à la pratique, qui associe le geste à la pensée et engage nos étudiants dans les savoirs académiques, fonde de nombreuses disciplines dans notre université, en lien avec les créations artistiques ou sociales. Cette articulation s’incarne encore en une méthode reposant sur l’approche clinique, qui offre un exemple probant pour faire bénéficier nos étudiants d’un accompagnement, en adéquation avec les valeurs de Paris 8.

  • Axe 4 : Affirmer le rôle de Paris 8 dans la société
    Faire reconnaître la richesse de notre université est aujourd’hui un défi central d’autant plus important que nous savons ce en quoi nos productions peuvent être utiles au-delà de nos murs.

    Pour faire rayonner la production scientifique de Paris 8, nous voulons permettre la création d’un « Service d’appui à la communication scientifique », directement rattaché à la direction des services de la recherche, qui pourra accompagner les laboratoires dans la diffusion la plus large de leurs travaux et servir de vitrine pour les recherches menées et d’interface pour le public extérieur.

    Pour promouvoir la singularité de Paris 8 – inventivité pédagogique, rôle social, modèle d’engagement dans la société –, nous devons renforcer nos liens avec les acteurs qui nous entourent. Nous sommes aussi le résultat, par nos interactions et nos publics, d’un territoire particulier qui nous ressemble et avec lequel nous nous apportons mutuellement. Mais, dans le même mouvement, nous devons aussi consolider nos partenariats internationaux. C’est pourquoi nous instaurerons un Bureau des Partenaires réunissant des partenaires locaux, nationaux, internationaux et des membres de notre communauté, de façon à amplifier nos actions communes et favoriser les échanges à des échelles différentes.

    Affirmer le rôle de Paris 8 dans la société revient enfin à développer nos actions de médiation scientifique auprès des scolaires du territoire, mais aussi à faire de notre université un acteur majeur de la défense des libertés académiques dans le débat public.

  • Axe 5 : Développer les transversalités pour faire communauté
    La transversalité et l’interdisciplinarité sont des caractéristiques importantes de notre université, qui sait depuis son origine croiser les savoirs, les parcours, les recherches et les actions pour créer de nouvelles formes d’intelligence et de communauté. Elles contribuent à transformer la société, mais aussi à renforcer le sens de nos métiers. Il est donc de première importance de multiplier les espaces, les occasions, les regroupements pour que Paris 8 continue d’être ce lieu où s’inventent le savoir, la pédagogie et de nouvelles formes de citoyenneté.

    Mettant l’accent sur cette dimension transversale et sur la concertation, l’organisation annuelle d’assises sur une thématique d’intérêt majeur associant toute la communauté universitaire permettra de meilleures connaissance, appropriation et amplification des initiatives menées sur le campus par l’ensemble des personnels, BIATSS et enseignants-chercheurs, tout en les associant plus activement à la politique globale et aux enjeux majeurs de l’établissement.

    Dans le même esprit que ce qui est proposé aux collègues néo-titulaires qui bénéficient d’un budget pour développer des projets de recherche ou de formation à la croisée des disciplines, on suscitera des occasions de rencontres pour faire émerger des projets interdisciplinaires et intercomposantes.

    La démarche Développement Durable – Responsabilité Sociétale et Environnementale (DD-RSE) fournira également l’occasion de penser de nouveaux espaces de proposition et de prise de décision via la création d’un Conseil dédié aux enjeux DD-RSE composé de membres tirés au sort parmi l’ensemble de la communauté.

    Il faut également ponctuer l’année universitaire de moments de valorisation par des remises de diplômes et de prix, des expositions ou des publications, des réussites en matière de recherche, de formation et d’engagement dans notre vie de la communauté.

    Le Nouveau Cursus Universitaire So Skilled ! contribue également à cette promotion de la transversalité, par la mise en relation que ce programme d’acquisition et de valorisation de compétences clés dans la construction de l’identité personnelle et professionnelle opère entre les différentes formations de notre université.

    Ces transversalités internes à l’université doivent aussi trouver un prolongement dans l’environnement immédiat de notre établissement : l’absence de lieux de convivialité où se retrouver en proximité du campus est problématique. La question du développement d’espaces de sociabilité (bars, restaurants…) dans le quartier immédiat de l’Université, sera pensée comme l'une des priorités du dialogue avec la Mairie de St-Denis.

Ces cinq axes sont traversés par trois problématiques : le développement durable et la responsabilité sociétale et environnementale, le numérique et les profondes mutations qu’il induit dans nos métiers et la construction des savoirs, et la politique internationale. Ces trois questions feront l’objet de réflexions spécifiques, en transversalité.

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